Vacances déconfinées : ces villageois qui érigent des barricades pour empêcher les citadins de colporter le Coronavirus dans leur bourg.

Les traditionnels beuglements et caquètements ont laissé place aux bruits des bétonnières et des pelleteuses. Les villages, petits ou grands, érigent barricades, tranchées et ingénieux obstacles, pour repousser les hordes de parisiens et des autres habitants des grandes villes. Une première dans l’histoire des congés payés. Explications.

Le tant attendu déconfinement permet aux citoyens de partir, enfin, en vacances. Malgré les nombreux pays qui ont ouvert leurs frontières aux très convoités deniers de nos vacanciers, les français, à une très large majorité, préfèrent passer leurs vacances en France. “D’habitude, on part en province uniquement pour les héritages, et accessoirement lors des enterrements. Mais avec ce foutu Coronavirus, on sera obligés d’aller à la campagne. Ça sera moins risqué. En plus, là-bas, il n’y a que des vieux qui restent chez eux et des agriculteurs qui travaillent 18 heures par jour dans leurs champs. On ne croisera pas grand monde en journée, c’est rassurant”, démontre un citadin vivant dans une grande ville de France.

“Rayé de la carte Michelin”

Le colossal afflux de vacanciers des grandes villes qui s’annonce ne rassure pas les affables ruraux. Épargnés jusqu’ici par le terrible et implacable Covid, les habitants des petits villages ne veulent pas se retrouver sous respirateur après avoir échappé à la première vague de contamination. Ainsi, un peu partout aux quatre coins du pays, les habitants de nos belles campagnes ont entamé les travaux pour barrer la route des vacances vers leurs villages. “Boudiou ! Tu sais combien il me reste d’habitants, dans mon bourg ? : 5 ! Quatre de moins, et mon ravissant patelin perdra le qualificatif de bourg. Moins de deux habitants au kilomètre carré, et ton petit village, aussi beau soit-il, se retrouve rayé de la carte Michelin ou du Minitel (internet, ndlr), indique un courageux maire d’un tout petit village, qui a refusé de suivre les ordres du président de sa région relatifs à la suppression des barricades. Même avec leurs suves de frimeurs (SUV, ndlr), ils n’arriveront pas à entrer dans notre village, ces salopiots (citadins, ndlr). A part avec le 4×4 qui a été construit sur une base de camion (Nissan Patrol, ndlr), les champs, tu ne peux les traverser qu’à pied ou en tracteur.”

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“Barricade en pierre de 3 mètres de hauteur”

Les villageois sont à la fois rassurés et ravis de cette initiative isolationniste qui va à l’encontre de toutes les stratégies de marketing touristique, élaborées à coups d’études à gros très gros budgets par les cabinets de consulting. “Le respirateur le plus proche de chez nous, il est à 200 kilomètres. Dans notre bourg, on a ni hôpital, ni centre de soin. Quand on a un petit bobo, c’est la femme du patron de la boulangerie-épicerie-bar-restaurant-station-service-poste restante-banque du village qui nous soigne. Elle est fortiche la Madeleine. Pour les opérations lourdes, on s’adresse au vétérinaire. La femme à Jojo (la Madeleine, ndlr) a déjà fait des appendicites, mais c’est quand le vétérinaire est occupé à faire vêler les vaches. Pas plus tard que l’autre jour, un agriculteur a préféré passer sous le bistouri de la Madeleine que risquer de perdre un veau. C’est que d’un point de vue financier, on ne peut pas se le permettre. Pour en revenir à nos moutons : personne ne se souciait de nous avant cette épidémie. Qu’ils continuent à nous ficher la paix, les gens de la ville, ministres et parlementaires compris. Là, ils seront obligés, car aucun véhicule ne pourra franchir la barricade en pierre de 3 mètres de hauteur qu’on a bâtie. On vivra pas longtemps à cause des dures conditions de vie dans les campagnes, mais ce n’est pas une raison pour clamser du Coronavirus de mes deux, explique un vaillant agriculteur-retraité qui subsiste tant bien que mal, avec sa très maigre petite pension de retraite, depuis des décennies. Sans les légumes dans mon jardin, je serais logé six pieds sous terre depuis belle lurette, en ce moment-même où je te cause, le gamin de lepigramme.fr“.

“Un autre son de cloche”

“On s’est fait avoir lors du confinement, quand les gens de la ville se sont réfugiés chez nous. Mais ces filous (citadins, ndlr) ne nous la referons pas une seconde fois. Nous avons pourtant le sens de l’hospitalité, à la campagne. Pour preuve, on ne laisse jamais personne crever de faim. Quand t’es dans la mouise : un rural te viendra toujours en aide. Mais quand les gens nous prennent pour des cons, c’est un autre son de cloche. L’été dernier, des vacanciers ont été voir le maire pour qu’il décapite les coqs de nos fermes. Ces crétins voulaient faire des grasses matinées. Moi aussi, je fais des grasses matinées. Et même des fois jusqu’à 8 heures du matin, mais je ne m’en suis jamais pris à une volaille qui coquerique. Ça m’a rappelé le Pauvre Maurice. Il a été très peiné de se retrouver au tribunal, même s’il a été relaxé”, explique une sémillante agricultrice de 95 ans, tout en chargeant le chariot de son tracteur de troncs d’arbres qui seront placés sur l’unique route menant à son village.

“Retourner vivre dans les brouillards de pollution”

Les premiers vacanciers sont au bord de la dépression. “Je viens pour réduire mon burn-out et voilà que je dois rentrer à pieds. J’ai fait la connerie de venir en covoiturage. Pour repartir, il n’y a que le stop. Il n’y a aucune gare à moins de 300 kilomètres, bougonne un estivant. Les gens du village m’ont donné à manger et à boire, mais pour le gîte, j’ai insisté, mais ils m’ont dit qu’ils ne voulaient pas du Coronavirus de la ville. Dans un sens, je les comprends. En plus, ils sont hyper sympas. Chaque année, je viens ici. Le cadre est magnifique. Ici, c’est très agréable, calme et apaisant. Franchement, je recommande. Je retenterai ma chance aux prochaines vacances..

“A pleines bronches…”

Les propriétaires de gîtes ruraux sont également désemparés. Ils ne s’attendaient pas à une telle réaction des pourtant paisibles et accueillants villageois. “Dire que j’ai délaissé un poste de direction avec un très gros salaire pour profiter du cadre de vie champêtre. Quel con ! Si les potentiels contaminés au Coronavirus (citadins, ndlr) ne peuvent pas venir, je serai obligé de reprendre mon ancien boulot. Je suis devenu allergique à la ville, je fais quoi ? Si la situation ne se débloque pas, on sera tous bons, ma famille et moi, pour aller respirer des particules de CO² à pleines bronches, du soir au matin, si par malheur nous devions retourner vivre dans les brouillards de pollution. Heureusement que j’ai les poumons qui viennent tout juste de s’être auto-nettoyés grâce au bon air pur de la cambrousse, mais quand même, c’est ardu psychologiquement. Je viens de refaire toute la déco de notre gîte, en plus. Je ne parle même pas de la piscine qui m’a coûté une blinde”, se désole un père de famille.

“Il faut savoir raison garder”

Ainsi, chaque jour, des dizaines de villages se joignent à ce mouvement spontané qui agace au plus haut point les ministères du Tourisme, mais également ceux de l’Action et des Comptes publics, du Travail, de l’Économie et des Finances, ainsi que le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. “Un citadin, ça ne peut rester en place plus de 3 heures au même endroit, c’est de notoriété publique. Nos citoyens devraient s’y faire à cette idée. Il n’y a qu’à voir les faux joggeurs lors du confinement. Pareil pour les attroupements lors du déconfinement pendant la Fête de la Musique. Ces connards (citadins, ndlr) ont la bougeotte, c’est comme ça, personne ne peut rien y faire. Aussi, il faut savoir raison garder. Je demande donc, solennellement et calmement, aux maires des villages de faire retirer les barricades qui obstruent le passage des vacanciers. Je n’aimerais pas à avoir à baisser les quotas de production de lait ou de légumes de leurs électeurs”, explique un cadre du gouvernement.

 

Crédit-photo : pxhere, cc0.

 

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