Le cadre, qui a compris Team Bondage au lieu de Team Bonding, ne sera pas renvoyé, selon les compréhensifs Prud’hommes.

Le célèbre Team Building, qui sert à créer des liens entre salariés dans les entreprises, qu’elles soient publiques ou privées, pourrait être détrôné par le Team Bonding. Ce nouvel arrivant dans l’événementiel managérial sert à renforcer les liens entre les individus. Cependant, il pourrait également causer, involontairement et indirectement, des quiproquos et autres sueurs chaudes, si des campagnes de sensibilisation ne sont pas réalisées auprès des dirigeants et des salariés.

Le Team Building, originaire du pays de l’Oncle Sam au début des années 80, sert à créer une solidarité entre les équipes, qu’elles évoluent dans les dynamiques entreprises privées ou dans les épicuriens organismes publics. Afin de les motiver, les dirigeants, via leurs RH ou des cabinets de consulting, organisent des activités sportives, culturelles ou ludiques. “Nous, on va à Pattaya quatre fois par an. Il a fallu nous délester définitivement de notre syndicat de salariés. C’était la seule condition émise par le PDG de notre boîte. Cela ne nous a pas empêchés de rester solidaires entre nous, les salariés. Bien au contraire. A chaque séminaire, c’est tellement fédérateur, qu’on rajoute une semaine supplémentaire pour bien souder tout le monde. Ma femme a gueulé les premières fois, mais c’était soit rester une semaine de perfectionnement en plus, soir revenir à la maison, la queue entre les jambes, en risquant de me faire virer ou pire : de passer à côté d’une promotion pour avoir lâché mes collègues. Forcément, ma gonzesse a acquiescé. Avec un crédit immobilier sur 20 ans qui te ligote comme un rôti, tu ne peux pas faire la fine bouche”, confie un cadre supérieur.

“Le but : soulager les gens”

“Pour souder, il faudrait déjà qu’il y ait des liens. Moi, dans ma boîte, c’est chacun pour sa peau, 35 heures par semaine, toute l’année, heures supplémentaires et congés payés compris. C’était même écrit dans l’annonce de l’offre d’emploi. Normal, le grand-père du patron, qui avait fondé la société dans laquelle je travaille, était un ancien collabo durant la guerre, l’ordure ! L’entreprise a été fondée en 1942, pile poil, je pense que ça résume tout. Donc, les valeurs de la société dans laquelle je bosse sont simples : cafardage, mouchardage et délation. Alors bon courage au prochain formateur qui voudra solidariser nos équipes. Tous ceux qui étaient venus nous former, lors de leur machin de Team building à la mords-moi le nœud, sont repartis soit en ronchonnant, soit en chialant à pleines larmes, tellement la tâche est ardue dans notre structure. J’ai bien essayé de les réconforter, les formateurs, mais il aurait fallu plusieurs séances pour qu’ils se remettent de leurs émotions, les pauvres. Je sais de quoi je parle, j’étais dans le social avant. Mais avec toutes les baisses de budget, je ne suis plus arrivé à trouver du travail dans les associations. C’est pourquoi j’ai changé de métier. Mon nouveau métier demande aussi de la psychologie, mais davantage dans un but plus perfide et vénal, on va dire. Le but de ma nouvelle profession : soulager les gens, mais en délestant leur porte-monnaie”, confie un commercial.

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“Le culturel Team Bondage”

Alors que les catalogues des cabinets proposant des activités de Team Building sont aussi épais qu’un annuaire, un nouvel entrant bouleverse le secteur de la corporate performance. En effet, le Team Bonding, qui sert à renforcer les liens entre collègues a déjà fait parler de lui. Lors d’un séminaire d’entreprise, un employé qui a confondu Team Bonding avec le culturel Team Bondage a failli se faire renvoyer de son entreprise. Fort heureusement pour lui, les compatissants et magnanimes Prud’hommes ont ordonné à son employeur de réintégrer “l’enthousiaste et motivé employé”.

“Pas de bol pour moi, j’ai ligoté le grand patron en premier”

“Devant la machine à café, j’ai entendu notre RH dire que ce Team Bonding était super relax par rapport au Team Building, qui lui, fait uniquement appel à l’esprit de compétition des salariés. Il avait aussi employé les termes lier les équipes, nouer les liens, attachement aux collègues et consolidation des relations. Donc, quelques jours après, le jour du séminaire de ce Team Bonding de mes deux, qui a failli me coûter ma place, je suis rentré dans la salle où se trouvaient tous mes collègues. J’ai vu tout le monde allongé et respirer lentement, les yeux fermés. En fait, ces cons faisaient du yoga, sans me prévenir avant. Moi, j’étais venu avec des cordes. Normal, le bondage, c’est avec des cordes. Tu attaches ton ou tes partenaires pour sentir ou ressentir de nouvelles sensations que tu n’as pas l’habitude de connaître quand tu as les mains et les pieds libres. En plus, pas de bol pour moi, j’ai ligoté le grand patron en premier. Ces crétins faisaient de la relaxation méditative ou de la méditation relaxante, je ne sais plus comme ça s’appelle, du yoga quoi, à moitié endormis. Comment j’aurais pu deviner, moi ? En plus, bondage et bonding, ça se ressemble phonétiquement. T’es d’accord avec moi, le reporter de lepigramme.fr, ou pas ? Le gars qui a donné ce nom de bonding à cette activité d’entreprise aurait pu choisir un autre nom. Et après, ma direction a voulu me virer, moi. C’est toujours les mêmes qui trinquent pour les conneries des autres, de toute façon. C’est injuste, humainement parlant, et même syndicalement parlant. Les Prud’hommes ont fort heureusement compris mon argumentaire et surtout le raisonnement qui m’a poussé à attacher plusieurs de mes collègues lors de cet événement d’entreprise. Je retourne au boulot demain. Mais je serai plus vigilant la prochaine fois. On ne me la refera plus avec leurs jeux d’entreprise à la con“, se félicite le cadre supérieur, qui a été à deux doigts de pointer à Pôle Emploi.

“Rester simple, sans chichis, sans fioritures”

“Toujours à vouloir frimer, les salariés du privé. Nous, les fonctionnaires, notre team je sais pas quoi, consiste à prendre l’apéro après le boulot et aussi durant le boulot, mais uniquement pendant les pauses négociées par nos persuasifs syndicats. On fait nos séminaires dans le bar-tabac d’à-côté de notre administration. Le secret d’une bonne cohésion d’équipe ?, c‘est de rester simple, sans chichis, sans fioritures. Je peux te certifier que nos liens à nous, les agents de la fonction publique, ils sont consolidés. Il n’y a qu’à nous voir lors des manifestations ou des grèves. Nous sommes comme les 5 doigts de la main, tous ensemble, tous ensemble, ouais, aucun gouvernement néo-libéral ne peut nous désunir”, explique un fonctionnaire.

 

 

Crédit-photo : pinoccio, pxhere, cc0.

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