Rugby – CDM : les lambeaux de chair, trouvés sur les pelouses, se vendent à prix d’or sur internet.

Alors que la Coupe du monde de Rugby touche à sa fin, certains fervents supporters n’ont pas attendu la finale pour avoir un souvenir de cette édition. Hormis les sempiternels selfies, dédicaces, fanions, tenues et autres pin’s, des fans de ballon ovale repartent avec des lambeaux de chair que les joueurs ont involontairement laissés sur les pelouses après avoir subi un ou plusieurs cuisants et sanglants plaquages.

La Coupe du monde de rugby est l’apothéose hormonale cérébrale pour tout supporter qui se respecte. Devant sa télévision, sur internet avec un différé de plusieurs minutes ou dans le stade, les fans se régalent du spectacle offert par les beaux gros bébés de 130 kilos minimum. “Moi, je suis l’exception qui confirme la règle. Je suis ailier, comme notre regrettée légende Jonah Lomu, mais en 2 fois plus petit, en 4 fois plus léger en poids et en 10 fois moins musclé. Bizarrement, je suis deux fois moins rapide que lui. Ce n’est pas un Dieu du rugby pour rien. Je porte le numéro 14. Aussi, je ne ferai pas de mal à une mouche, mais on m’a pris dans l’équipe quand même. Je suis rapide, véloce et furtif. C’est le minimum pour faire des accélérations fulgurantes, dignes d’un bolide comme une Lamborghini, une Ferrari, une Porsche ou un Mbappé, tout en slalomant à travers les mastodontes de ces brutes d’avants qui essaient de t’arracher le maillot ou la peau pour te prendre ton ballon. Les avants ont leurs qualités, mais pour la vitesse, si on ne comptait que sur eux, on aurait le temps de prendre un café et de lire tout le journal. Il resterait même encore du temps pour faire une sieste et passer un coup de fil aux amis. Attention, comme je l’ai dit, ils ont des qualités, les avants. Ils sont robustes comme des pitbulls, destructeurs comme… des pitbulls et coriaces, comme des pitbulls aussi, mais en plus gros. Ca doit être pour ça qu’en rugby, on les appelle pas les gros. Moi, je fais partie des arrières. Les gazelles, on nous surnomme. En tant que gazelle, je ne veux surtout pas me fâcher avec les gros de mon équipe. Ce sont quand même eux qui me défendent en boîte quand j’ai l’inconscience et l’ivresse de draguer une nana, avec son copain qui me fixe de ses yeux furieux et rageurs juste à côté d’elle. Vu ma fragile morphologie, je n’ai pas intérêt à me mettre les gros sur le dos. Mais quand ils courent, au bout de 10 mètres de course, les gros avants recrachent leurs poumons. Lors des diffusions à la télé, quand ils zooment, on peut voir les bronches de rugbymen à même le gazon”, confie un joueur des Bleus.

“Des chevilles jusqu’au cou

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En plus des poumons recrachés, les rugbymen sont parfois contraints de se voir déposséder d’une ou plusieurs parties de leur musculaire anatomie. Contrairement au football, à l’exception de l’enragé et enrageant Suarez ou des défenseurs dont cela est l’activité annexe “taclement” parlant, les arrachages de peau sont légions dans l’ovalie. “Il m’arrive de peler, à mains nues, un adversaire, trop véloce, en voulant le stopper net. Au rugby, le règlement stipule que l’on peut utiliser les mains, donc j’utilise, mais avec parcimonie. Il n’y a pas écrit défenseurs de foot sur nos fronts. Mais attention, je n’aime, ni ne cautionne cette épilation de l’épiderme. Mais cela fait partie du jeu. Tu peux sportivement palper un adversaire des chevilles jusqu’au cou, pourquoi m’en priverais-je si le règlement le dit ? En plus, quand un arrière fonce dans ma direction, à 40 km/h, je suis sensé faire quoi ? Courir après lui ? En termes de vitesse, je ne fais pas le poids. Il faut être réaliste dans la vie”, philosophe un pilier, tout en nettoyant ses gigantesques mains recouvertes du sang d’un deuxième centre.

J’ai de l’éclat de joue, de la peau de tibia…”

Ainsi, les lambeaux de peau et de chair jonchés un peu partout aux quatre coins des pelouses ont créé un nouveau marché : la vente de fragments de rugbymen vivants. Les peaux délaissées par les joueurs s’arrachent comme des petits pains sur le net, mais également devant les stades où se déroulent les rencontres de la Rugby World Cup. “J’ai de l’éclat de joue, de la peau de tibia et aussi un peu de muscle de bras. J’ai aussi des lambeaux du gras du bide. Profites-en, c’est en promo. Si tu veux du lobe d’oreille tout frais ou des doigts abandonnés par leurs propriétaires durant un passage de bras raté, vas voir le petit mec blond là-bas, m’indique un fan revendeur-amateur de souvenirs sportifs. Le mec juste en face, là-bas, celui qui tiens des sachets en plastique transparent. C’est mon beau-frère. Dis-lui que tu viens de ma part, il te fera un bon prix”.

“A chaque sport sa particularité

Voulant interviewer le beau-frère du premier revendeur, il m’a fallu attendre près d’une heure avant qu’il puisse avori le temps pour me parler. Une longue file d’acheteurs, mais aussi de curieux, s’est organisée devant son étalage improvisé et pour le moins inédit. “J’ai un peu de tout. Au rugby, des chevilles jusqu’aux épaules, t’as le droit de broyer ou de disloquer. J’ai aussi des lobes d’oreilles, du cuir chevelu et de la narine provenant de cravates et de plaquages en cathédrale. Un plaquage qui s’appelle cathédrale, ça résume tout. Normal, le joueur est soulevé puis enfoncé dans le sol, comme qui dirait presque enterré, mais vivant. Ça te laisse imaginer tout ce que l’on peut récolter comme tissus et organes humains après les matchs de rugby. Heureusement, les joueurs sont tous vivants après les rencontres. Je ne sais par quel miracle, mais ils le sont. Même avec des lambeaux de peaux perdus, ils sont frais comme des gardons, les bougres. Le bon Dieu est fan de rugby, c’est sûr. Les joueurs ressortent du terrain, en fin de match, presque tous avec un bandage ou des points de suture, généralement sur civière, mais ça fait partie intégrante du rugby. Le foot est connu pour ses ligaments croisés du genou, la natation pour ses otites du baigneur, le ping-pong pour ses tendinites du poignet et le rugby pour ses plaies ouvertes avec saignements par jets et pièces osseuses apparentes. A chaque sport sa particularité. Le rugby, pour le résumer en 2 mots, c’est le courage et la force. Le courage de rentrer dans une pelouse avec des piliers naturellement survoltés qui veulent ta peau, au sens propre comme au figuré, et le rugby, c’est également la force de ne pas lâchement hurler quand tu vois ton fémur sorti à l’air libre te dire bonjour. J’allais oublier, l’ovalie, c’est aussi la troisième mi-temps. C’est important la troisième mi-temps, car l’alcool atténue la douleur causée par les hémorragies externes. D’après toi, pourquoi ne font-ils pas comme au football américain avec leurs protections ? Nos courageux rugbymen refusent de porter des casques de moto sur un terrain et c’est tout à leur honneur. En même temps, ça arrange mes affaires florissantes de vente de lobes d’oreilles. Si tu veux, je te vends ce tibia pour 70 euros. C’est un demi de mêlée, trop impressionné de jouer sa première coupe du monde, qui a eu la mauvaise initiative de rentrer avec son ballon à l’intérieur même de la mêlée”, explique le détaillant de souvenirs.

“Ça vaut de l’or”

Contacté sur internet, un autre revendeur de bribes de peau et de portions de chair de rugbymen a une stratégie marketing autrement différente. Afin de garder intactes la couleur et la texture des lambeaux souvenirs, il préfère vendre en ligne. “Je garde les fragments anatomiques, issus de corps de joueurs toujours en activité, dans mon frigo. Dès la commande et le paiement inhérent, j’envoie le tout dans un sac isotherme par messagerie rapide. J’ai essayé de vendre mes lots devant le stade, mais ça sèche très vite. Il y a bien la technique qui consiste à enduire les souvenirs de jus de citron, mais c’est mieux quand tu conserves les lambeaux au frigo. Il faut obligatoirement éviter de les mettre dans le congélateur, sinon ça perd 80% de sa valeur, minimum. Ça serait dommage, ça vaut de l’or ces reliques sportives”, explique un fan de rugby, accessoirement interne en médecine.

Les tarifs varient en fonction de la renommée du joueur, mais également en fonction de l’équipe. “Le prix fluctuent. C’est comme à la bourse (rire). Ça dépend de l’état de la pièce, mais aussi de l’intensité de la rencontre”, explique l’analyste d’un grand site de paris sportifs.

 

 

Crédit-photo : pxhere, cc0.

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