Team building : le MMA ou combat libre autorisé durant les séminaires d’entreprises.

L’incompris du sport, le MMA, le combat libre où 99% des coups possibles et imaginables sont permis, se voit enfin consacré et reconnu par l’intransigeant et déchaîné monde du travail.

Le team building regroupe une multitude d’activités facilitant la cohésion d’équipe au sein des entreprises, essentiellement du privé. “Nous, dans le public, on a juste droit à un apéro de temps en temps. Normal, les budgets pour ce genre de pratiques sont très serrés dans la fonction publique. Résultat, on se retrouve au bar une ou deux fois par semaine, histoire de nous harmoniser entre fonctionnaires. Les gens pensent que nous sommes en vacances toute l’année, mais c’est totalement faux. On en chie, vous savez”, se désole une fonctionnaire, obligée de parler foot et manifestations avec ses collègues durant les séminaires de la fonction publique.

Repérer les hauts potentiels.

Du côté des sociétés du privé, les activités sont bien plus variées. De l’épreuve à tomber à terre en se laissant rattraper par les collègues pour les entreprises à petits budgets, aux voyages dans les îles paradisiaques pour les boîtes les plus fortunées, en passant par le parapente, l’escalade, les séances de spa ou le rafting, les dirigeants proposent des séminaires pour souder leurs équipes et diffuser la culture, et les valeurs de l’entreprise. Le team building sert surtout à mieux repérer les hauts potentiels, à la fois fidèles, dynamiques et surtout machiavéliques, prêts à tout pour atteindre les objectifs fixés par leur direction. “Les team buildings, c’est très bien pour développer le sentiment d’appartenance à l’entreprise et aussi pour augmenter les performances de la société. Mais quand l’objectif est de déclencher l’ouverture de la voilure principale à moins de 5 mètres du sol, les performances ont brutalement chuté de 90%, dès le lendemain. Normal, seuls 10% des participants du séminaire de saut en parachute n’ont pas fini à l’hosto”, fait savoir un cadre senior, les 2 jambes, le dos, les 2 bras, et la tête, et le cou, et la mâchoire dans le plâtre. “La prochaine fois, on demandera au RH de choisir une autre activité. Je comprends pourquoi le Molkii est en plein boom dans les start-ups. Enfoirés de juniors !“.

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“Avec objectifs mesurables et quantifiables

“Les séminaires sont une forme, plus informelle, donc plus sournoise, de notation des salariés. Si tu n’es pas bon lors d’un séminaire, tu peux être mis au placard jusqu’au team bulding suivant. Vraiment désolée, mais je dois filer. J’ai près de 150 collaborateurs d’une très grande entreprise à aller voir. Ces cons ont fait du saut en parachute avec objectif. Le saut en parachute, c’est très enrichissant, mais uniquement le saut sans objectifs mesurables. Je dois aller leur parler. Nous sommes près de 50 agents du ministère à aller les voir afin de les réconforter. Les imbéciles ! Ça leur apprendra à ne pas lire les brochures que l’on distribue dans les sociétés. Il a bien été écrit noir sur blanc d’éviter de participer aux sauts en parachute et aux sports de combat avec objectifs mesurables et quantifiables”, me précise une psychologue du travail.

“Voir ce que nos employés ont dans les tripes”

Alors que les salariés ont fait le tour des activités proposées par les cabinets de consulting et de divertissement, un nouvel entrant pourrait vite arriver sur le podium des animations de team building les plus commandées par les dirigeants. En effet, le MMA ou combat libre, a été autorisé par le puissant Medef, malgré la grogne des syndicats. “Les syndicats ont toujours grogné, pour un oui ou pour un non. Nous sommes habitués, ce n’est pas bien grave. Au Medef, nous sommes plus inquiets quand on ne les entend pas. Un syndicaliste silencieux, tu ne sais pas ce qu’il a en tête. Avec ce MMA, nous allons enfin voir ce que nos employés ont dans les tripes. C’est mieux que la thalasso que j’ai payé à mes connards (salariés, ndlr) l’an dernier”, se félicite un grand patron et membre de la première heure du mouvement patronal.

“Dans le business, ils n’y a pas de limites”

“Non, franchement, ce MMA dans les entreprises, je le déconseille fortement. Il faut prendre des cours avant de rentrer dans un octogone. Les gens ne le savent pas, mais tous les coups ne sont pas permis dans le MMA. Ce n’est pas comme dans la vie active. Nous, dans le Free fight, nous savons retenir nos coups. Nous savons également quand nous arrêter et comment garder l’adversaire en vie. Dans le business, ils n’y a pas de limites. Les coups de certains cadres supérieurs prêts à tout pour monter les échelons et les attaques de la majorité des patrons pour maximiser le rendement et les bénéfices sont cruels, comparés à nos techniques de combat. Dans les entreprises, c’est une vraie boucherie, tout le temps”, confie un champion de MMA, qui avait tenté, sans succès car trop tendre, une carrière dans le marketing au sein d’une entreprise dans le privé.

“Mon connard de patron ne pourra pas me virer”

Les collaborateurs sont curieux, étonnés, circonspects et effrayés à la fois. Ils se demandent si ce team building d’un nouveau genre permettra d’apaiser les tensions, déjà très présentes dans leurs structures. “Je vais lui défoncer la gueule à cette connasse de Marion. Elle a empêché ma promotion, la garce. Il se dit qu’elle se tape le patron. On verra si elle va encore le séduire quand je lui referai la façade à cette salope. Elle m’a cherché ? Elle va me trouver dans l’octogone et à la régulière ! En face-à-face, one to one, les yeux dans les yeux et mon poing dans sa tronche ! Oh que j’ai hâte ! Je ne l’ai dit à personne, mais je m’entraîne. J’ai visionné plein de vidéos sur Youtube et Dailymotion. Je me suis inscrite à des cours de MMA. Je vais la désosser cette pute ! Je suis certaine d’aller en finale. J’espère rencontrer le grand patron dans l’octogone. Je vais le broyer cet enfoiré. Il aime les massages, cette ordure. Ça tombe bien, je vais lui fragmenter les os dans l’octogone ! Le MMA, ça veut dire mixed martial arts. Je vais le passer au mixer, cette merde ! Ça lui apprendra à ne pas donner les promotions aux personnes qui le méritent et qui bossent. De toute façon, mon connard de patron ne pourra pas me virer. Les Prud’hommes ont validé les séminaires de team building. Je vais les fracasser !“, indique avec un enthousiasme dissimulé une assistante production.

“Grillage normalement utilisé pour enfermer les fauves”

“Nous, les RH, nous sommes les mal-aimés dans les sociétés. Nous n’y sommes pour rien si les gens n’ont pas les augmentations qu’ils désirent. On applique les consignes de la direction, c’est tout. Ce team building dans un octogone, composé d’un grillage normalement utilisé pour enfermer les fauves, ne me dit rien qui vaille. Ils ferment les cages à double tour, en plus. Je sens que je vais passer un mauvais quart d’heure. Rassurez-moi, les combats durent 15 minutes ou bien les duels continuent jusqu’au coma ?“, me demande le responsable Ressources humaines d’une multinationale.

Les services de la Médecine du travail ont déjà imprimé les formulaires nécessaires pour faire face aux demandes d’arrêts de travail qui s’entasseront sur leurs déjà surchargés bureaux. “Les blessures dans l’octogone MMA vont dépasser les tendinites du pouce, c’est certain”, prévoit une urgentiste du ministère du Travail.

 

Crédit-photo : pxhere, cc0.

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