Journée internationale des câlins : tous les candidats à la Mairie de Paris se feront des hugs devant l’Hôtel de Ville en début de soirée.

Politique et tendresse ne sont pas des antonymes, malgré les apparences et les légendes urbaines. Les candidat.e.s au poste de Maire de Paris vont le démontrer aujourd’hui, vers 21 heures, devant l’Hôtel de Ville de Paris.

Lors de la traditionnelle “Journée internationale des câlins”, les citoyens se font des bises et des accolades à profusion. Durant 24 heures, ils délaissent leurs désaccords, leurs dissensions, leurs frictions, leurs colères, leurs jalousies, leurs regrets ou leurs apriori pour mettre à l’honneur la tendresse et la gentillesse, “qui manquent parfois dans ce monde de bruts”, selon un CRS, avant d’aller justifier ses rafales de coups de poings sur un manifestant menotté et à terre, durant une manifestation contre la réforme des retraites.

“Tous cleans et polis, ces petits cons

En plus des habitants, les politiques vont célébrer cette journée devenue une tradition. Ils se réuniront pour “montrer l’exemple”, selon un riverain qui se réjouit de voir “les candidats ne pas se foutre sur la gueule durant une petite heure”, durant cette rude campagne électorale. “Et encore, c’est plus calme qu’avant. Avec les petits jeunes, c’est plus difficile de les mettre hors course. Normal, ils n’ont pas de casseroles. Ils sont tous cleans et polis, ces petits cons. Pas comme les anciens qui trempaient dans les fausses factures, les marchés publics, les emplois fictifs et les abus de biens sociaux. De mon temps, tu ouvrais ton tiroir, tu prenais une feuille A4 au hasard et t’avais tout un dossier qui tu pouvais refiler aux journalistes et mettre hors course le candidat concurrent. Mais c’est fini tout ça. Les bonnes choses ont une fin”, explique avec nostalgie un ancien conseiller municipal, depuis sa cellule qu’il occupe depuis une trentaine d’années pour pas moins de 80 affaires judiciaires.

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“C’est pas une bonne idée…”

Les candidats du cru de cette année, pour le tant convoité poste de maire de Paris, ont hâte de participer à la cérémonie dédiée à la Journée internationale des câlins. Ils feront des hugs, célèbres accolades qui avaient enflammé la toile il y a quelques années. Hugs qui ont été remplacés par les Ice bucket challenges, consistant à s’arroser d’eau glacée. “Saloperies de glaçons ! Dans mon administration, j’en ai fait des ice bucket de mes deux ! Je me les suis bien gelées ! Conneries de réseaux sociaux ! Conneries de start-ups qui font qu’à inventer des conneries pour frimer ! C’est pas une bonne idée de faire comme ceux du privé, je l’ai toujours dit. Avant internet, on avait notre challenge à nous, au bar d’à-côté, tranquille. Pas une bonne idée du tout, leurs challenges à la noix”, conseille un fonctionnaire territorial.

“Je sais mettre ma haine et mon allergie des voitures pour aller faire des hugs aux fans de moteurs diesel polluants qui saccagent nos belles plantes vertes et les façades de nos historiques immeubles haussmanniens”, confie une candidate, tout en rayant du plan de Paris, une célèbre avenue entière pour la transformer en piste cyclable.

“Moi, ce matin, je me suis réveillée et j’ai trouvé une piste cyclable devant chez moi, alors qu’hier, elle ne l’était pas, mais je n’en veux à personne. Je ferai des accolades à tous mes concurrents”, confie une candidate, avant d’aller distribuer des tracts de campagne, en or recyclé, le long d’une célèbre artère parisienne, parsemée de boutiques de luxe, où les soldes sont honnis toute l’année.

“Je ferai des hugs aux abrutis et aussi à celui qui est plus intelligent que les autres. De toute façon, je vais les désosser électoralement dans les urnes, lors du vote pour la Mairie de Paris”, fait savoir un candidat, avant de me dire “au revoir fils de p***“, par taquinerie.

“Tout est algorithmique dans la vie. Les journées internationales, aussi. 1+1=2, CQFD, e=mc2, c’est logique. Si vous n’arrivez à me suivre, n’hésitez pas à me le dire. Donc, ce soir, je ferai des hugs à mes adversaires, conformément à la loi d’interaction gravitationnelle, énoncée par Isaac Newton, paix infinie à son âme scientifique. Ainsi, il y aura une translation de mon squelette S1 vers ceux des autres candidats, S2, S3, S4 jusqu’à S coefficient nombre de candidats, créant ainsi une force d’attraction, proportionnelle au produit de la masse de nos corps et inversement proportionnelle au carré de la distance. Tout ceci, bien évidemment, dans l’objectif de réaliser un contact amical, corrélativement à la cordialité qui sied à l’esprit de Paris, en l’honneur de cette journée internationale des câlins”, prévoit un candidat, tout en résolvant la Conjecture de Birch et Swinnerton-Dyer.

“Même s’ils veulent m’empêcher de transformer toutes les avenues, tous les boulevards, toutes les rues, tous les rond-points, toutes les impasses de Paris en jardin botanique, je leur ferai quand même un câlin à ces pollueurs de mes deux. Les parisiens me prennent pour un illuminé végétarien, mais je gagnerai, sacré nom d’un omnivore !“, explique un candidat tout en sélectionnant des semences, dont certaines très rares pour son projet de reboisement des 3/4 de la ville.

“Je n’ai pas encore demandé à notre leader son avis, mais je pense qu’il ne sera pas contre cette idée de faire des hugs. Il a toujours montré sa magnanimité et sa tolérance. La République, c’est lui, après tout”, analyse un candidat, avant de me réciter, sans que je le lui demande, les plus belles citations d’Hugo Chávez.

“Je montrerai à ces capitalistes que mon idée de nationaliser tous les appartements des propriétaires parisiens, occupés ou non, est une idée de génie. Je n’ai pas pour habitude de serrer dans mes bras les suppos de la finance, mais je le ferai. Je leur montrerai l’altruisme de la classe ouvrière. C’est quand même la moindre des choses, étant donné que je ferai passer le SMIC à 4.000 euros par mois pour les travailleurs parisiens et que les logements vides seront mis à disposition des prolétaires. La lutte des classes mérite bien une petite trêve”, annonce un candidat, avant de monter dans sa voiture de fonction.

“Nous ne sommes pas trop tactiles, dans notre parti, mais nous ferons une exception. Je peux te le dire à toi, le journalope, mais à force de gueuler en mettant tout sur le dos des étrangers, des islamo-gauchistes (élus de gauche, ndlr) et des migrants, j’ai besoin d’être un peu cajolé. Je veux qu’on m’aime, bordel ! Dans cette ville de bobos, j’ai peu de chance d’être élu maire, mais j’y vais quand même, avec témérité et hardiesse, sacre-bleu ! On a peu de chances, car il n’y a pas assez de chômeurs et de pauvres qui pourraient voter pour nous. On est nuls en économie, mais heureusement, le fait de tout mettre sur le dos des étrangers et des migrants, ça nous permet d’être crédibles”, vocifère un candidat, tout en essayant de deviner le niveau de radicalisation d’un client d’origine maghrébine d’un café attablé devant un verre de bière.

Le hug géant aura lieu aux alentours de 21h pétantes, devant l’Hôtel de Ville. Une première dans l’histoire politique française.

 

Crédit-photo : pxhere, cc0.

 

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