Plan anti-Gilets jaunes : Paris Plages sur les Champs-Élysées tous les samedis.

Véritable tradition de revendication sociale, la manifestation hebdomadaire du samedi des courageux Gilets jaunes est  le lieu incontournable pour exprimer son mécontentement et son exaspération, aussi bien à Paris qu’en province. Alors que les riverains des centres-villes s’y sont involontairement habitués, une modification de taille pourrait changer la donne négociatrice.

 

Mis à jour le 23.10.2019 – 15h43mn – 17h54mn.

Les samedis sont synonymes de sorties culturelles sobres ou de fêtes déjantées alcoolisées, ou inversement, mais ils sont également le symbole de l’ire des CSP-. Petits artisans amaigris par la faim, patrons de très petites entreprises proches de la faillite et ouvriers-smicards criblés de dettes dues au remboursement de leurs dizaines de crédits à la consommation défilent dans la bonne humeur, mêlée à une certaine détresse financière existentielle.

Publicité
Booking.com

“Domestication des masses populaires”

Face à l’opiniâtreté et à l’endurance des téméraires et robustes Gilets jaunes, le gouvernement a élaboré un plan digne des plus grandes écoles de persuasion coercitive. “D’autant le stalinisme et nous, ça fait deux, mais là, il faut reconnaître qu’en termes de domestication des masses populaires, ils sont fortiches les cocos”, analyse un élu parlementaire LaREM, tout en lisant consciencieusement un rapport de benchmarking pour améliorer les performances de son parti de cœur.

“Paris Plages tous les samedis, jusqu’à épuisement”

Face à l’entêtement des manifestants pacifiques à vouloir davantage de pouvoir d’achat, les Champs-Élysées et d’autres grandes artères de la capitale, habituellement parcourues par les réfractaires au changement, seront transformées en “Paris Plages tous les samedis, jusqu’à épuisement de la colère sociale”, selon un Secrétaire d’État. “On les aura à l’usure ces empêcheurs de tourner en rond. Ils aiment marcher en criant des slogans hostiles à notre politique ? On va les faire marcher, et dans le sable. Ça leur fera les pieds. On parsèmera des coquillages. Histoire qu’ils repartent avec un souvenir autre que des élongations, prévoie un ventru ministre, un livre d’anatomie du muscle à la main. Les samedis au soir, on ramassera le sable et les gravillons et rebelote la semaine suivante. Enfin, quand je dis on, ce n’est pas nous, les fonctionnaires, qui auront les pelles à la main. Fonctionnaires et travaux manuels, c’est incompatible. Les petits fougueux qui feront leur Service national universel et obligatoire s’en chargeront. Ils ont tous entre 16 et 18 ans ces petits glandeurs, ils sont en pleine force de l’âge. Au moins, avec eux à notre botte libérale, quand ils diront qu’ils sont fatigués, personne ne les défendra, vu que personne ne les croira. Même les parents de ces petits crétins ne pourront rien dire. Sans la validation du SNU par l’Académie, impossible de passer le baccalauréat. C’est dans l’article 263 alinéa 58 de je ne sais plus quel texte de loi, il y en a tellement. Quand on disait que le niveau en lecture avait dégringolé de manière vertigineuse, en voilà une preuve supplémentaire. Les gens doivent faire des efforts en lecture et en compréhension de texte, mais comme toujours, personne ne nous écoute”.

“Gravillon à béton 10/20mm de BTP”

Des centaines de camions-bennes remplis de sable mélangé à des gravillons, épais comme des pois chiches, sont garés aux portes de Paris. Ils attendent le feu vert pour répandre sur les voies leur colossale cargaison. “En une petite heure, les pickpockets ne m’ont volé que 3 camions. C’est pas grave, car d’habitude, c’est bien plus dans ce laps de temps. Mais comme ils sont assurés tous risques, c’est pas trop grave. Normalement, on ne se gare jamais à moins de 20 kilomètres des portes de Paris. Trop dangereux. A éviter. Pas du tout conseillé de garer ton camion dans un périmètre de 20 kilomètres autour du périphérique, même quand tu es tranquillement assis dedans. Il y en a qui le font, mais c’est quand leur bahut est trop vieux ou trop cher à réparer, et qu’ils veulent que les enflures d’assurances le remboursent”, conseille le gérant d’une société de transport. Les chauffeurs attendent vendredi soir pour décharger leur massive cargaison dans les avenues de Paris. “Ils vont faire quoi avec ce sable mélangé à du gravillon à béton 10/20mm de BTP ? C’est du gros gravillon pour construire les dalles des ponts à poutres. Nous, les chauffeurs, on ne nous dit rien, mais on ne demande pas non plus. Depuis les affaires de fausses factures des partis politiques dans les années 80, on a appris à la fermer. Pas de questions, pas de problèmes, c’est la devise dans le transport de marchandises. En 50 ans de métiers, je n’ai jamais vu une telle cargaison, de la taille des grosses billes mammouth de verre avec lesquelles on jouait dans la cour de l’école. Même quand tu portes des bottes de chantier à semelles métalliques, le gravillon à béton 10/20mm t’écorche la plante des pieds. Le gravillon mélangé à du sable, c’est pire, car les grains de sable rentrent dans les plaies provoquées par les gravillons. Qu’est-ce qu’ils vont bien en foutre en plein Paris, en plus ?. En fait, me réponds pas, je ne veux pas le savoir. Moi, je charge et je décharge, point barre de torsion ! Le reste, je m’en tamponne le coquillard, comme de ma première livraison. J’ai assez de problèmes avec les concurrents de l’Est qui facturent un chargement entier Milan-Lille à 50 euros”, analyse un camionneur sympa.

“Ils ne tiendront pas plus de 2 kilomètres”

“Ces satanés Gilets jaunes veulent la belle vie ? On va leur offrir Paris Plages, mais sans la plage et surtout sans son sable fin. On leur a réservé du gros sable. Des grains de sable bien gros. Épais comme des pois chiches et rugueux comme des pierres ponce, analyse un chargé de mission. D’après mes prévisions, ils marcheront 1 ou 2 kilomètres et ils repartiront comme ils sont venus, la queue entre les jambes. Ajouté à cela, marcher sur le sable sous la pluie, c’est pas comme en été avec la plage et la douce brise légère qui te caresse le visage. Nous, on va leur caresser les pieds. Les meilleurs d’entre les Gilets jaunes de mes deux, ils ne tiendront pas plus de 2 kilomètres, foi de libéral. La majorité des manifestants possède une voiture. Qui dit voiture, dit que pour faire 100 mètres pour aller acheter ton pain, t’y vas en bagnole. Les chômeurs et les écolos, cela serait différent. Les chômeurs sont obligés de marcher, donc ils sont plus endurants. Les écolos aiment marcher, donc ils sont encore plus endurants, car ils le font par passion et, aussi et surtout, par idéologie politique. Avec ces Gilets jaunes sous-entraînés, c’est comme si c’était fait. Leur put*** de prochain acte, 50 ou 80 j’sais plus à combien ils sont, ça sera leur dernier. La prochaine fois qu’ils viendront sur les Champs, ça sera pour faire du tourisme, mais sans le shopping. Faire du shopping dans le quartier, ça coûte bonbon. C’est pas donné, même pour un cadre moyen qui a uniquement fait un Master 1. Ce sera de l’histoire ancienne après la balade sur le sable disruptif parisien que nous leur avons préparés”.

“Malgré que tu bosses, tu galères quand même”

“On n’arrive pas à finir les fins de mois, malgré notre salaire. Pour la majorité des gens que tu vois ici, on a tous un travail. On se lève tôt et on rentre tard. Malgré ça, on est dans la mouise, financièrement parlant. Nous sommes conscients que les taxes et les impôts sont importants pour le pays. C’est grâce à eux que nous avons un très bon système de santé, une école publique gratuite et tout le toutim pour vivre décemment. Ça n’empêche. Malgré que tu bosses, tu galères quand même. C’est contradictoire, tu trouves pas, gamin ?. Beaucoup d’entre nous sont obligés de vendre des pyramides à Ponzi (pyramides de Ponzi, ndlr) à leurs familles, à leurs amis, à leurs collègues ou aux commerçants chez qui ils vont faire les courses. Ces foutues pyramides sont rentables, mais rien qu’au début, à ce qu’il paraît. Moi, perso, j’en vends pas encore de ces machins, mais j’y pense de plus en plus. Ça s’achète en gros ou demi-gros sur internet ces conneries de pyramides ?. C’est en plastique, en plâtre ou en marbre leurs pyramides à monsieur Ponzi ?. Tu sais pas ? Mais ça paie bien, on m’a raconté. Là, on défile. C’est très dur. On est obligés de prendre un crédit pour se payer le voyage. C’est que c’est pas donné un billet de train, même quand il part ou arrive en retard. Heureusement qu’il y a la picole pour nous remonter le moral ! Tiens bois un coup avec nous, loupiot. A ta tronche, tu dois sûrement avoir une petite carence en vitamines. Du rouge, oui, il te faut un bon petit ballon de rouge. En plus, ça va t’aider à marcher avec nous lors de tes interviews pour lepigramme.fr. Lepigramme ? C’est un papelard de gauche, de droite ou du centre ? Non, tu sais pas non plus. En tout cas, ceux du centre, ce sont les pires. Un jour, c’est tes amis et le lendemain, ils te poignardent dans le dos, sans crier gare. Ceux qui votent au centre, il ne faut jamais leur faire confiance. Bon, c’est pas tout ça, mais il faut que tu te fortifies à cause de ta carence en vitamines. En plus, il commence à faire frisquet. L’alcool facilite la circulation sanguine. Bois un coup, je te dis, mouflet. T’auras pas les orteils bleus, loustic”, me persuade une affable manifestante de 59 ans, tout en brandissant une pancarte conseillant le gouvernement d’aller “se faire enc****” en raison de la future réforme des retraites.

“T’as vu l’état des trottoirs et des routes, chez nous, ici à Marseille ?”

Le même dispositif d’exténuation sera mis en place dans la plupart des villes de province. Des chargements de sable mêlé à du gravillon 10/20mm sont prêts à être généreusement déversés à Lyon, Saint-Étienne, Toulouse, Bordeaux, Rennes, Nantes, Brest, Lille, Strasbourg, Montpellier et Marseille, notamment. “Ils sont fadas ces encu**s (terme non-amical, ndlr) du PSG (Paris, ndlr). Il est rainé (nul, ndlr) leur plan anti-Gilets jaunes. C’est pas du sable ou du gravillon qui vont nous fatiguer. T’as vu l’état des trottoirs et des routes, chez nous, ici à Marseille ?. Nous, à Marseille, c’est Marseille Plages tous les jours, mais sans le sable. Il est remplacé par la roche, car ils mettent des plombes à faire les travaux. Mais  bon, il ne faut pas trop râler. C’est pire dans les cours d’écoles marseillaises. Ça sera même moins usant de marcher sur du sable que sur les trottoirs marseillais. Les chemins de campagne sont en meilleur état que nos routes. Les agriculteurs des alentours qui viennent vendre leurs produits dans nos marchés gueulent tout le temps. Même leurs ânes, chargés de beaux légumes et de fruits mûrs, juste ce qu’il faut grâce à notre beau soleil provençal, rouspètent. A Marseille, on craint dégun (personne, ndlr), sauf marcher sur nos trottoirs et circuler en voiture ou en scooter sur nos routes. Écris-le bien dans ton article, enc*** (terme amical, ndlr). René ! Sers un jaune (pastis, ndlr) au collègue de lepigramme.fr. Allez, trinquons à ta santé, enc*** (terme amical, ndlr)”, conclue un sympathique retraité marseillais de 92 ans.

“C’est pas fair-play”

Les casseurs et les pilleurs sont déboussolés et déprimés à la fois. Ils jugent anticonstitutionnelle l’initiative du gouvernement à vouloir répandre des tonnes de sable sur les voies, habituellement utilisées pour fuir loin des forces de l’ordre. Un casseur, accessoirement avocat fiscaliste, pense même à intenter un recours auprès des respectés et sages Sages du Conseil d’Etat. Nombre de casseurs et de pilleurs commencent déjà à y réfléchir à deux fois avant de partir en repérage en vue du broyage gratuit de vitrines ou de vols contestataires illégaux de produits de grandes marques. “C’est pas du jeu, se désole un pilleur au QI de 180, tout en déballant son dernier trésor de guerre issu d’un précédent acte. En plus, je viens de repérer des super baskets. Je ne vais pas les acheter avec mon argent quand même ?. Si je dépense mon oseille, je serai obligé de chercher du travail. Vraiment, c’est pas du jeu. C’est pas fair-play de la part du gouvernement. C’est à la limite de la légalité leur truc“.

“1 mètre de sable et de gravillons de gros œuvre”

“Je leur souhaite bon courage aux casseurs pour déterrer des pavés ensevelis sous 1 mètre de sable et de gravillons de gros œuvre. On va bien s’amuser samedi prochain”, projette un valeureux CRS, tout en nettoyant consciencieusement et affectueusement son LBD (lanceur de balles de défense) et son LBA (lanceur de balles d’attaque).

 

 

Crédit-photo : pxhere, cc0.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Do NOT follow this link or you will be banned from the site!