Effet Gilets jaunes – Paris : des studios à 300 euros par mois et des 4 pièces en vente pour moins 200.000 euros sur les Champs-Élysées.

Les impécunieux, mais vaillants, Gilets jaunes ont directement œuvré pour le pouvoir d’achat de nombre de citoyens de France. Ils ont notamment permis, à la fois pour eux, mais également pour tous les ingrats qui les critiquent, de geler les hausses des prix à la vente des carburants, de faire baisser les impôts et d’augmenter de 100 euros la prime d’activité. En plus de ce chamboulement financier et social, ils sont entrés dans l’histoire immobilière parisienne. Témoignages.

Les intrépides Gilets jaunes, à force de vaillamment défiler sous les nuages de gaz lacrymogènes et les averses de LBD, ont provoqué un séisme social en France, faisant plier le rugueux et libéral gouvernement Philippe. Du jamais-vu depuis Léon Blum et les socialistes Accords de Matignon en 1936. “Ces nécessiteux sont fort coriaces. Ces bougres, rien ne les arrête. Cela est indéniable. Ils veulent notre peau les prolos, s’offusque un riche industriel, depuis sa résidence dans le très exotique paradis fiscal du Royaume de Belgique. Nous qui avons fait fortune grâce à notre sueur et à notre carrure patronale, nous n’allons quand même pas nicher dans un logis avec vis-à-vis dans le 3ème arrondissement de Paris. Il suffit avec leurs simagrées ouvrières. Ces tâcherons de Gilets jaunes ne paient même pas l’ISF sur l’immobilier, que veulent-ils de plus ?. Ils doivent remercier les Dieux de la finance de ne pas avoir nos problèmes d’oseille à nous, les soi-disant riches. Car je peux vous le révéler, la vie n’est pas facile pour nous, les soi-disant nantis. L’argent ne fait pas le bonheur, c’est connu. L’argent, ce n’est que problème sur problème. La plèbe ne se rend pas compte de la chance qu’elle a à ne pas être fortunée. Cela lui évite bien des nuits blanches, vous pouvez me croire. Quand vous avez des valeurs numéraires (pognon, ndlr), tout le monde veut vous les prendre. Il ajoute, tout en débouchant une poussiéreuse, donc onéreuse, bouteille Château Saint-Frusquin Grand Cru de 1963. Voulez-vous un verre d’eau du robinet pour étancher votre soif ?“.

“Obligés de dévaluer notre monnaie européenne”

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Ainsi, depuis l’année dernière et les premiers rassemblements agités des hardis Gilets jaunes, le gouvernement ne cesse de céder aux demandes sociales, des plus vitales aux plus farfelues. “Le carburant et le contrôle technique, ok. Nous avons été obligés de céder. Mais le SMIC à 1.300 euros, il ne faut pas rêver non plus. Il n’y a pas écrit lenino-trotskistes sur nos tracts de campagnes. Le fait de boire un verre de pastis ou une petite bière durant leurs heures de travail, une fois par jour sans être convoqué par le RH, on a dit oui aussi. Cependant, à un moment, il va bien falloir que nous leur disions stop aux indomptables utopistes (Gilets jaunes, ndlr). On cède, on cède, mais à ce rythme, nous serons obligés de dévaluer notre monnaie européenne si ça continue comme ça. Le paquet de clopes passera à 60 euros. Moi, je m’en fous comme de mon premier secrétariat d’État, car je ne fume pas. Mais que les prolos ne viennent pas rouspéter après s’ils vident leur PEL pour pouvoir des cigarettes”, prévient un ministre, tout en barricadant son ministère, une veille de rassemblement de Gilets jaunes.

“Des bâtons dans les roues de la charrette du gouvernement”

“Dès qu’il y a une merdouille, c’est pour notre pomme. Nous n’y sommes pour rien. Ce sont les casseurs qui cassent. Nous, les Gilets jaunes, on veut mettre des bâtons dans les roues de la charrette du gouvernement vers sa folle ruée destructrice vers le libéralisme, c’est tout. A chacun ses responsabilités. Nous, on ne trinquera pas pour ceux qui saccagent la ville des bourges (Paris, ndlr). Nous, on trinquera, mais entre manifestants. Lors de nos manifestations, on boit du rouge, du rosé, du blanc sec et de la bière. Le vin, tu le bois dans un verre ou au goulot ?, m’interroge un affable et inflexible Gilet jaune, avant d’ajouter. Bernard !, donne un verre au gentil monsieur de lepigramme.fr. Allez, c’est ma tournée ! Bois gamin, ça te fera du bien, il commence à faire frisquet !”.

“Elle le menace de se barrer en lui laissant les gosses”

Malgré les prunelles arrachées et les tibias fracassés, les téméraires Gilets jaunes continuent leur lutte sociale sans montrer la moindre fatigue morale ou même physique. Chaque samedi, ils se rassemblent pour illustrer leur colère. “En plus, la picole est gratuite les samedis. Mais attention, je ne viens pas ici uniquement que pour ça. Tu vois le gaillard de 2 mètres 20, là-bas. C’est Roger. Sa femme lui a interdit de boire avec nous les jours de manif. C’est depuis qu’il lui a ramené 2 CRS qu’il avait assommé pendant une ruade des forces de l’ordre. Depuis, sa gonzesse lui a ordonné de ne plus picoler avec nous, sinon elle le menace de se barrer en lui laissant les gosses. C’est compréhensible qu’elle soit furax la femme à Roger. Elle rentre chez elle après son cours hebdomadaire de danse country et elle voit 2 CRS engourdis dans son salon. Moi, j’m’en fous, mes gosses sont grands. Ils ont tous leurs baraques. Allez ! Rapproche ta paluche de ma pogne et prends ce verre. Tu vas boire un coup avec nous. Oui, il est 10 heures du matin, je sais. On commence tard aujourd’hui. Avec les fermetures du métro les samedis aux alentours de l’Arc de Triomphe, on a pris du retard.  Allez, donne ton verre mon gars. On ne dit pas jamais non à un bon ballon de rouge”, recommande un sympathique manifestant.

2, 3, 4, 5 et 6 pièces”

Après une dizaine d’interviews arrosées, je constate qu’en plus des Gilets jaunes, d’autres citoyens sont en colère et même très en colère. Les propriétaires de biens situés sur la prestigieuse avenue des Champs-Élysées et de ses luxueux alentours, sont au bord de la dépression. La valeur locative de leurs propriétés a fondu comme neige au soleil. “Au début des manifestations, c’était hilarant de voir ces énergumènes (Gilets jaunes, ndlr) cavaler comme des lapins en évitant les boules de caoutchouc de la garde impériale (compagnie de CRS, ndlr). Quand vous avez une meute d’arbalestriers (CRS, ndlr) à vos trousses, vous ne pensez pas à aller négocier avec eux, cela est logique. Cela m’a remémoré ma jouvence, lorsque tout jeune, je voyais, de l’un des nombreux balcons du triplex familial, les effrontés (étudiants, ndlr) de mai 68. Nous nous étions bien esclaffés ce jour-là. Mais là, ce n’est plus risible, même avec leur affublement jaunâtre. Je suis contraint de proposer mes studios en location pour 300 euros par mois l’unité, en plein Lutèce, un comble pour un propriétaire. Là, je parle juste de ma vingtaine ou trentaine, je ne sais plus, de mes studios. Mes quelques autres 2, 3, 4, 5 et 6 pièces et mes duplex sont également proposés à la location pour des sommes honteusement dérisoires, indignes de mon rang. Depuis le début de ces attroupements populaires, tous mes locataires aisés sont partis. Ils n’ont même pas attendus de pouvoir récupérer leurs chèques de caution tellement ils étaient effrayés par ces damnés Gilets jaunes. Dorénavant, même les migrants qui ont fui des pays en guerre ne veulent pas louer sur les Champs-Élysées. Trop dangereuse l’avenue des Champs-Élysées qu’ils disent. Dans un sens, ils n’ont pas tort. Ce quartier est devenu invivable, sacré nom d’un marxiste. Si vous connaissez quelqu’un qui veut loger dans l’un de mes biens, dites-lui que, dorénavant, je ne demande plus de garant, ni de fiches de paie, ni de radio des poumons pour vérifier s’il n’a pas de cancer, ni rien du tout. Je ne demande même plus les 6 mois de garantie de loyer. J’aurais dû écouter mes amis quand ils m’avaient conseillés de tout vendre et de me barrer à Monaco quand l’ennemi de la finance (François Hollande, ndlr) a été élu“, confie un aimable et remonté rentier.

“Sur les Champs et dans un périmètre de 4 kilomètres”

Même son de cloche agacé de la part des agents immobiliers. Abasourdis, leur moral et leur revenus sont professionnellement dévastés. Ils ne comprennent pas comment des 4 pièces ont pu passer de 3 millions à 190.000 euros, frais d’agence compris, en l’espace de quelques mois. “Jusqu’à octobre dernier, je me faisais 60.000 euros de commission par mois. Là, je vais bientôt pointer au RSA. J’avais renoncé à mon salaire en échange d’une augmentation de 0.5% de ma commission sur chaque vente. Le mois dernier, j’ai eu à peine 300 euros de rentrées d’argent pour vivre. On dort dans notre voiture avec mon épouse et nos 5 enfants depuis février dernier. Quand tu gagnes beaucoup de pognon, ne fais pas automatiquement beaucoup de gosses. Sur le moment, tu te dis que t’as l’oseille pour leur payer à chacun ses cours de piano, mais non. Du jour au lendemain, tu peux te retrouver à sec à cause d’une saloperie de manifestation. Pour ma part, la bruyante manif de janvier dernier a eu des répercussions irréversibles sur mon revenu. Depuis, personne ne veut acheter, ni même louer sur les champs et dans un périmètre de 4 kilomètres. Le Baron Haussmann doit se retourner dans sa tombe en ce moment. Enfoirés de Gilets jaunes pipi de mes deux. Je sais que les Gilets jaunes ne cassent pas, mais c’est eux les organisateurs de ces manifestations, non ? J’ai raison d’après-vous de leur en vouloir, ne serait-ce qu’un petit peu ?“, me demande un agent immobilier, avant de me proposer de lui racheter sa luxueuse montre de grande marque pour une bouchée de pain.

“Un rêve qui se réalise, merci les Gilets jaunes !”

Ainsi, des studios en location à partir de 300 euros par mois pour ceux sans vis-à-vis, des 2 pièces avec vue sur la plus belle avenue du monde sont proposés à 400 euros et des 3 ou 4 pièces peuvent être loués, sans garantie et sans garant solvable, à partir de 500 euros. Un prestigieux hôtel particulier de 1.100 mètres carrés a vu preneur pour la modique somme de 420.000 euros, frais de notaire inclus. “Pour moi, c’est vraiment un rêve qui se réalise, merci les Gilets jaunes !. Je logeais dans un studio pour 900 euros juste en face de la Colline du Crack et là, je me retrouve dans un studio de luxe dans un quartier de luxe pour 300 euros. Il y a aussi des dealers et des consommateurs de drogue ici, sur les Champs-Elysées. Mais les clients qui se fournissent en cocaïne ne sont pas violents. Vers la Colline du crack, plein de fois, les toxicos en manque, me piquaient mes vêtements, slip compris, pour les revendre afin d’acheter leur dose. Ici, c’est paisible, sauf les samedis. Les samedis, il ne faut jamais regarder le temps qu’il fait par la fenêtre, sinon, c’est une balle de caoutchouc direct dans la poire. Mais c’est mieux ici. Merci les Gilets jaunes !. Je ne les regarderais plus jamais de la même manière. C’est quand même grâce au fait qu’ils restent debout toute la journée que j’habite dans un quartier de bourgeois”, reconnaît un étudiant.

“Finies les généreuses étrennes quotidiennes”

Les concierges d’immeubles sont également irrités et irritables. “Avant la première manifestation des Gilets jaunes, c’était étrennes tous les jours dans mon immeuble. Tu disais juste bonjour à un résidant et il te balançait minimum 50 euros par terre. Depuis les saccages des casseurs, cette glorieuse époque est révolue. Entre les locataires qui m’ont laissés leurs clés avant de foutre le camp et les propriétaires qui ont cavalé de peur d’être attachés en place publique, finies les généreuses étrennes quotidiennes. Si ça continue, je rendrai mon balai et j’irai travailler dans un quartier populaire. Là-bas, au moins, ils te donnent de la nourriture ou des gâteaux fait-maison en signe de reconnaissance”, constate une gentille concierge.

 

 

Crédit-photo : pxhere, cc0.

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