E-prescription à la place de l’ordonnance papier : les pharmaciens offrent du champagne à leurs clients pour ne plus avoir à décrypter les écritures des médecins.

Le volet “Transformation numérique” du Plan Santé 2022 fait déjà ses premiers heureux. Les pharmaciens sont aux anges. Témoignages.

Avec plus d’un milliard d’ordonnances papier par an, l’environnement commençait à en pâtir. “Notre système de santé est au bord de la ruine, ça a aussi joué pour remplacer ces foutues ordonnances qu’on mettait une demi-heure à déchiffrer”, ajoute un pharmacien, qui a été obligé de faire une formation en graphologie pour ne pas se tromper sur les médicaments prescrits par les “après moi, le déluge”, comme il aime à taquiner les médecins.

En plus des infimes bienfaits apportés à l’environnement, les e-prescriptions, les ordonnances numériques, font le bonheur des pharmaciens. “Docteurs en pharmacie, pas pharmaciens. Je vous prie d’être poli, le reporter de lepigramme.fr. Ce n’est pas parce que nous n’allons pas au golf tous les 2 jours et que nous n’avons pas de gros bolides hors de prix, comme ces enflures de nantis de médecins et ces frimeurs de chirurgiens, que nous ne sommes pas docteurs. Nous avons notre doctorat, merci de le préciser. Avec toutes les charges que nous payons, nous ne roulons pas sur l’or, se désole un pharmacien parisien. Rien que le loyer, ça me coûte une blinde. T’as vu le prix de l’immobilier à Paris ? C’est pas donné.

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“Va apprendre à lire”

Ainsi, les Docteurs en pharmacie n’auront plus à mettre des dizaines de minutes, ni à avoir à rappeler systématiquement les médecins, pour connaître le nom exact des médicaments prescrits. “Depuis que j’ai failli donner de l’arsenic en comprimés à la place de gélules contre la constipation, je fais davantage attention. Ils sont gentils les médecins, mais ils pourraient faire gaffe. Ces connards (médecins, ndlr) s’en foutent qu’on aille en taule à cause de leur écriture à la mords-moi le nœud, entraînant la vente d’un médicament à la place d’un autre. Mais bon, avec ces e-prescriptions, nous n’aurons plus à appeler ces crâneurs (médecins, ndlr). Ces enflures (médecins, ndlr) ne nous traiteront plus d’illettrés. Oui, oui, ça arrive tout le temps. Combien de fois je me suis entendu dire, par téléphone quand je les contacte pour une ordonnance impossible à lire : “Retourne à l’école”, “Va apprendre à lire”, “Achète un Bescherelle”, “Va consulter pour tes yeux”, “Va revoir ton alphabet”, “Me fais pas chier”, “Put***, encore lui”, “T’as pas autre chose à foutre ?”, “Il y en a qui bossent”, “Ça se voit que t’es trop con pour avoir un Vidal, t’aurais dû faire médecine” et j’en passe et des pires. “Au début, je trouvais cela amusant. Quand ça dure 30 ans : tu rigoles moins. J’ai quand même fait une formation en graphologie pour décrypter leurs ordonnances”, confie une pharmacienne lyonnaise, tout en offrant du champagne à sa clientèle pour fêter la mise en place de l’e-prescription.

“La plus grande innovation depuis… la pénicilline”

En plus des coupes de champagnes, des petits-fours et des sandwichs pain de mie-caviar, les pharmaciens organiseront des concerts géants, et gratuits, pour célébrer ce qui est, selon l’Union des pharmaciens de France, la plus grande innovation depuis la commercialisation de la pénicilline ou des petites pilules bleues. “Ma tension artérielle va enfin baisser et revenir à la normale. Je ne vous raconte pas le stress quand je n’arrive pas à déchiffrer une put*** d’ordonnance de mes deux. Si vous saviez le nombre de premières mi-temps de matchs de foot que j’ai raté. J’ai même raté le mariage de mon fils, à cause d’une ordonnance longue comme le bras. Mais ça, les médecins ne le subissent pas. Ils griffonnent leurs ordonnances et ils se barrent de leur cabinet, sans penser aux conséquences sur la santé des pharmaciens. Jamais ils ne se sont dits qu’ils nous font chier à écrire comme des gamins de petite section. Et encore, je suis gentil. Ma nièce écrit bien mieux. Mais bon, c’est maintenant du passé, heureusement”, se réjouit un pharmacien bordelais.

“Ai-je le choix ?”

“C’est bien beau, leur technologie aux gens de la ville, mais dans mon village, on travaille encore avec le Minitel. Ils sont gentils les ronds-de-cuir de la capitale, mais comment je fais, moi ? Tant qu’ils n’auront pas résolu le problème de la connexion internet dans les campagnes, je continuerai à écrire mes ordonnances à la main, comme d’habitude. Qu’ils nous installent leur internet et ensuite, ça sera possible, prévient un affable médecin de campagne, tout en comptabilisant ses honoraires de la matinée, à savoir 2 poules, 12 œufs et 3 litres de vin rouge. C’est pas une légende rurale. A la campagne, on est encore payé en produits de la ferme. Normal, nos paysans n’arrivent même pas à payer leurs charges. Donc, ils nous paient comme ils le peuvent. Mais pour une opération, c’est davantage que de la volaille. Pour une appendicite, par exemple, on reçoit 3 ou 4 cochons. Je ne suis pas chirurgien, mais je suis contraint d’opérer. L’hôpital le plus proche est à 300 kilomètres, ai-je le choix ?

 

Crédit-photo : pxhere, cc0.

 

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