Cité de l’économie à Paris : les citoyens pourront palper des billets de 50, 100, 200 et 500 euros.

Inaugurée en mai dernier à Paris, la Cité de l’économie se veut un lieu de décryptage financier et de sensibilisation économique. Les visiteurs s’y ruent par dizaines de milliers, chaque jour, afin de mieux comprendre les âpres rouages qui permettent à la France, mais également au monde, de fonctionner. Les Monsieur et Madame Tout-le-Monde comptent également y vivre des expériences, inédites ou oubliées, comme par exemple le fait de toucher, un court instant, un billet de 50, 100, 200 ou même de 500 euros.

Les curieux et les nostalgiques font la queue devant le magnifique bâtiment de Citéco pour palper les précieux billets exposés, sous la surveillance de dizaines d’agents de sécurité. « Il n’y a qu’une vingtaine de billets de banque dans cette exposition, mais par les temps qui courent, c’est déjà beaucoup. D’où l’important dispositif de sécurité mis en place ici pour veiller à ce que des visiteurs ne repartent pas avec un ou plusieurs billets. La direction est catégorique. Il est hors de question de remettre de nouveaux billets à chaque fois qu’un retraité affamé file avec un bifton exposé ici à Citéco. Mais dans un sens, il faut comprendre les petits vieux. On entend leurs ventres gargouiller de famine quand ils déambulent avec leurs déambulateurs pour la plupart, lentement, de salle en salle. Par pudeur, on fait semblant de ne pas les entendre. On tousse même pour couvrir le son de leurs estomacs qui crient sous-nutrition. Mais attention, j’insiste sur le fait que je les comprends, mais que je n’approuve pas le vol ni les cautionne. Même si c’est grâce aux vols que peuvent commettre les visiteurs que l’on m’a engagé pour les éviter. Pour nombre d’entre eux, ça fait une éternité qu’ils n’ont pas vu un billet de 500, de 200, de 100 euros ou même de 50 biftons, les petits vieux. En même temps, il y a des retraites qui ne dépassent pas les 800 euros de retraite. Après avoir payé leur loyer, il ne leur reste plus grand chose à chaque 10 du mois », explique avec compassion un agent de sécurité de la Cité de l’économie.

« salopard de capitaliste ! »

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L’Hôtel Gaillard, pittoresque monument historique parisien, n’a jamais connu telle affluence de toute sa longue existence. « C’est ici que s’est caché Louis XVI avant d’aller à Varennes. Plus récemment, des fonctionnaires du ministère de l’Économie y ont trouvé refuge lors de l’acte je ne sais plus lequel des Gilets jaunes en juin dernier. Au lieu d’aller au commissariat le plus proche, ils ont eu pour réflexe de se planquer à la Cité de l’économie. Dans un sens, c’est normal. Surtout quand une horde de gars très remontés en gilets jaunes te court après en gueulant furieusement ‘salopard de capitaliste !’. Et surtout aussi quand tu n’y es pour rien en ta qualité de fonctionnaire qui suit les directives qui affluent de plus haut. Mais dans l’urgence, tu penses uniquement à aller te cacher dans un lieu sûr en rapport à ton activité professionnelle. Les gars du ministère de l’Économie ont instinctivement choisi de se confiner dans le coffre-fort du bâtiment. Ils se sont enfermés de l’intérieur du coffre. Ils ne sont ressortis que le lendemain dimanche. Il faut savoir que ce bâtiment a abrité la Banque de France durant une longue période. Tu m’étonnes qu’ils soient partis là-bas. J’aurais fait la même chose à leur place», indique un historien spécialisé en économie publique.

« Citéco, ça fait plus disruptif »

La Cité de l’économie, surnommée Citéco, pseudonyme à la fois mélodieux, attendrissant et facile à retenir, s’étale sur plus de 2.400 mètres carré, permettra aux visiteurs, petits ou grands, de découvrir ou de perfectionner leurs connaissances en économie et en finance. « Dès que les gens voient ou entendent le mot ‘économie’, en général, il se passe émotionnellement dans leurs têtes deux choses. Soit ils ont peur, car ils pensent systématiquement à leur budget carburant ou à leur crédit immobilier qui leur pourrit l’existence sur 15 ou 20 ans, soit ils s’en foutent comme de leur première pièce de 1 ancien franc. Citéco, ça fait plus disruptif comme disent les jeunes de 30 ou 40 ans. En plus, avec la crise, le terme ‘éco’ attire. Normal, ‘éco’, ça fait penser à économique, à low-cost, à bas-prix, à soldes, à remise, à promotion. Les gens se ruent machinalement et spontanément vers le lieu où est marqué ‘éco’ », explique un ancien banquier de 106 ans en charge de l’exposition temporaire Fusions-acquisitions. Il ajoute, « l’exposition relative aux Fusions-acquisitions n’est pas permanente, car les boîtes se bouffent entre elles à une telle vitesse que c’est impossible de voir à long ou moyen terme, et même à court terme. Les entreprises de signalétiques n’ont même pas le temps d’accrocher la plaque avec leur nom au bas de l’immeuble que le siège de la boîte se retrouve dans un autre arrondissement de Paris ou dans un autre pays. C’est pour cela que les installateurs de plaques en cuivre (laiton, ndlr) ou en plastoc transparent (plexiglas, ndlr) prennent toujours un café avant de fixer une plaque. Ils savent qu’une fois sur deux, que la société sera rachetée dans les 2 ou 3 heures et qu’elle déménagera sur-le-champs. Le phagocytage financier est monnaie courante dans le secteur. Le plus célèbre processus de rachat est le LMBI, qui veut dire Leverage Management Buy-In, comme tout le monde le sait. Mais le plus efficace est indubitablement le LMBE, qui signifie Leverage Management Buy-Entuber ».

« Entre le Monopoly et le jeu vidéo Mortal Kombat »

En plus des nombreuses, à la fois éducatives, récréatives et splendides salles d’exposition, les promeneurs peuvent participer à des jeux en lien avec le monde économique et financier. Devant résoudre des énigmes plus ou moins complexes, petits et grands auront pour mission de rentabiliser un portefeuille boursier, de gérer une entreprise pour la placer en position de monopole, de négocier des accords financiers, de mettre un pays étrangers en faillite en spéculant à la baisse sur ses matières premières ou encore de contrer les attaques boursières sur les entreprises semi-publiques ou privées françaises. « Pour expliquer sommairement notre concept, je dirais que c’est entre le Monopoly et le jeu vidéo Mortal Kombat ou bien le jeu Call of Duty. Tu te remplis les poches, mais en dégommant les rapaces, en tout bien tout honneur, sans effusion de sang, du moins en externe. Il faut savoir qu’en économie et aussi, et surtout, en finance, les hémorragies internes dues à une artère qui pète à cause du stress causé par une ruine ou pire, par une inflation galopante et subite, ça compte pas comme dommages corporels. L’inflation, c’est pire que la peste, le choléra, les actifs toxiques et la ruine réunis. L’inflation, ça fait régner un climat de terreur psychologique extrême, car tu ne sais pas si ton kilo de pâte, que tu prévois d’acheter pour pas cher et de bouffer tranquillement devant ta télé, grimpera subitement à 400 euros le kilo dans l’heure qui suit dans ton hypermarché », indique un fonctionnaire de la Cité de l’économie.

« La chance de tenir dans mes mains un billet de 50 euros »

En plus de ces attrayantes activités, Citéco permettra aux visiteurs de caresser des lingots d’or, mais également de pouvoir palper concrètement des billets de 50, 100, 200, et même de 500 euros. « Je suis trop émue. Jamais je n’aurais pensé pouvoir avoir la chance de tenir dans mes mains un billet de 50 euros de ma vie », confie une jeune femme, les yeux dégoulinants de larmes d’émotion.

“Ça me remonte le moral”

« Ça me rappelle le bon vieux temps. Actuellement, je suis salarié, au Smic en plus. Pas la peine de te préciser que ce n’est pas tous les jours que je peux voir des billets de 100 ou 200 euros. Ceux de 500 balles, encore moins, tu l’auras deviné, je pense. Vous aussi les journalistes, vous ne devez pas en tripoter beaucoup des coupures de 500 pèzes. Pour moi aussi, ce n’est pas tous les jours, ni toutes les semaines, ni tous les mois, ni toutes les années non plus. Mais tu dois le savoir, toi le journaliste. Pardon de te rappeler que tu es aussi pauvre que moi. Vous ne roulez pas sur l’or non plus. Mais comme je dis toujours, l’important est d’avoir la santé. Heureusement que mon cancer n’est qu’au stade 2. Ça me remonte le moral », relativise un ancien commerçant, dont le commerce a fait faillite en raison de charges patronales trop lourdes, et qui conséquemment a été obligé de trouver refuge dans le salariat.

“Lancer ma petite entreprise”

« Je savais même pas que ça existait les billets de 200 euros. Dans un sens, c’est normal, j’ai un budget serré pour mes courses chaque jour. Tu sais gamin, moi, je dépasse pas les 40 euros de dépenses pour becter par semaine. Oui, tu as bien entendu le petiot. Comme les billets de 40 euros n’existent pas encore, donc je ne tâte que des billets de 5, 10 ou 20. Ceux de 20, c’est dans les bons jours, en début de mois uniquement. Ils ont eu une très bonne idée de faire cette Cité de l’économie. Écris le bien dans ton article lepigramme.fr, sinon tu auras de mes nouvelles petit merdeux. Désolé l’asticot, mais je dois te laisser. Je vais faire un tour à l’expo qui montre comment créer et gérer une entreprise. Il faut dire qu’avec ma maigre retraite, je dois trouver un complément de revenu. Enfin, si le peu que je touche, on peut appeler cela un revenu. Ça aussi ça doit figurer dans ton papelard et en gras sinon tu auras de mes nouvelles. Je sais encore me défendre. Un conseil, mieux vaut pas goûter à mes torgnoles. J’ai été champion de France de boxe de 1954 à 1959. 90 combats, 89 victoires, 1 défaite. Pour la défaite, ce jour-là, j’ai eu la mauvaise idée de boire un coup avant le combat avec Jojo le freluquet, un pote de régiment. Freluquet, certes, mais il avait une sacrée descente le zouave. Lors de mon combat perdu, je voyais 3 boxeurs en face de moi sur le ring, tellement j’étais rond comme un rosbif. Mais ça, ne l’écris pas sinon tu vas recevoir une bonne taloche de ma part. Il faut dire qu’à l’époque, on carburait à la gnôle. C’est pas comme maintenant avec vos conneries de cocktails goût pastèque des îles ou je ne sais quelle autre breuvage avec un nom à la mords-moi le nœud, pour faire classe, à 30% d’alcool seulement. C’est rien ça 30%. C’est le degré d’alcool de ce que je buvais pendant les baptêmes ou les mariages quand j’avais 6 ans. Cependant, à mon époque, on pouvait rouler à 4g/l de picole dans le sang sans se faire confisquer son permis. Vous êtes bien dans la mouise les jeunes. Je vous plains sincèrement à devoir supporter ça, vous qui êtes dans la force de l’âge, en plus. Vous vous foutez de nos tronches à nous les vieux, et nous traitez de vieux cons, mais c’est qui les cons là ?. Je compatis. De nos jours, une goutte de pinard en trop dans le plasma et tu es bon pour râper tes semelles par terre parce que tu n’as plus de permis de conduire. Nous, on picolait même avec les gendarmes sur le bord de la route quand on demandait notre chemin. Tu peux le marquer ça, il y a prescription. Les gendarmes sont tous à la retraite. Ils doivent être au bar en ce moment. Malheureusement, tout ça, c’est plus possible maintenant, à cause de leur foutu GPS de mes burnes. Tu n’as plus à demander ton chemin. Résultat, les gendarmes s’emmerdent aux bords des routes. Y’a plus personne pour leur offrir cordialement une bouteille de vin et surtout plus personne pour papoter avec eux au boulot. La technologie n’a pas que du bon. Donc, je disais quoi déjà, moi ?. Ah oui, je parlais du boulot. Donc, en plus, comme après 45 ans, personne ne serait assez suicidaire pour t’engager, je ne pense même plus à imprimer des CV. De toute façon, je n’ai pas de quoi acheter les cartouches d’encre. Ça coûte bonbon ces conneries, même en euros. Au final, je n’ai pas d’autre choix que de lancer ma petite entreprise, qui connaîtra sûrement la crise. Mais on a rien sans rien. Je vais créer ma petite affaire », dit avec sérénité et une certaine témérité, frôlant l’autolyse, un tout nouveau retraité de 65 ans.

« Du désodorisant dans la salle des subprimes »

« Moi, je n’utilise que de la monnaie virtuelle. Mais c’est super cet endroit. J’ai pas touché à un billet depuis mes 17 ans. Je piquais de la tune dans les poches de mes parents. Mais depuis plusieurs années, j’ai pas effleuré un seul billet en papier. Au fait, les personnes qui disent que l’argent n’a pas d’odeur, je voudrais leur dire qu’elles se mettent le doigt dans les Google Glass. Le billet de 500 euros a une agréable odeur selon moi. Par contre, les subprimes sentent vraiment la merde. Heureusement qu’ils mettent du désodorisant dans la salle des subprimes. Il y en a d’exposés. Ça pue ces conneries. Ils ont raison quand la presse en avait parlé, c’est toxique ces machins. Au fait, une petite question. Pourquoi ils n’ont pas exposé de Bitcoins ou de Binance Coins sonnants et trébuchants ? », demande un jeune adulte qui a fait fortune dans l’e-business.

« Ils liquident leurs stock-options et se barrent dans les îles »

Une salle dédiée aux gestes d’urgence en cas de crack boursier et de crise économique ou financière sera inaugurée à la rentrée. « Cette salle aura pour objectif d’expliquer aux visiteurs les gestes à faire si l’inflation monte comme monte un rondin devant une page internet de Jacquie et Michel ou un épisode TV d’une télé-réalité. La première chose à faire est d’avoir sur soit une liste des distributeurs automatiques de billets les plus proches. En période de crise, ce n’est pas la peine de faire un virement, il n’y aura pas assez de temps. Donc, nous conseillons de toujours garder la liste des distributeurs avec soit, c’est primordial si vous ne voulez pas pointer aux Restos du Cœur ou au Secours catholique le jour-même en cas d’inflation. Il faut actualiser sa liste selon l’endroit où vous vous trouvez. Il faut impérativement que la liste soit écrite sur papier. Ça sert à rien de l’enregistrer sur son smartphone, car en cas de crise, les opérateurs téléphoniques se seront barrés après avoir rapidement vendu leurs actions. Quand une nation commence à être en ruine, tous les salariés liquident leurs stock-options et se barrent dans les îles. Va trouver du réseau pour joindre ta liste dans le cloud après ça. De toute façon, il n’y aura même plus d’électricité. Les agents EDF seront tous devant les distributeurs de billets pour ne pas se retrouver à sec lors de la crise. Mieux vaut prendre ses précautions », prévient un consultant en risques financiers, tout en actualisant sa liste sur un bloc-note.

 

 

Crédit-photo : pxhere, cc0.

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