Anniversaire de la crise de 1929 : les banques US ont offert 80 milliards de subprimes à leurs clients.

Le jeudi 24 octobre 1929 est une date gravée dans l’histoire de la finance. Passé de cauchemar à tradition, au même titre qu’Halloween, les banques ont tenu à célébrer les 80 ans de l’un des krachs boursiers les plus meurtriers de la planète de manière magistrale.

Le jeudi noir, comme l’appelle les descendants de personnes ruinées par la crise de 1929, est un événement qui a marqué les mémoires boursières et financières, aussi bien chez les professionnels que chez les particuliers qui ont perdu beaucoup, voire tout. Pourtant, à l’époque, rien ne prédestinait à la chute des cours en bourse. Avant le jeudi joyeux, surnom donné par les sociétés de pompes funèbres au terrible 24 octobre 1929, jour record du taux de suicides pour l’époque, les USA connaissaient une croissance phénoménale et une hausse vertigineuse de la production durant les années 20.

“La ruine de tout un système sûr sans garde-fous”

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Alors qu’investisseurs et courtiers se faisaient un pognon de dingue, un grain de sable, de la taille d’une montagne du grand canyon, a eu raison de la bourse de l’Oncle Sam. “Saloperie de call loans ! Ces prêts au jour le jour avaient ruiné toute la nation”, se lamente le tonton national US. Les acheteurs, même les plus modestes, pouvaient acheter des actions en ne payant qu’une infime partie lors de leurs achats. De fil en aiguille, une bulle spéculative s’est produite, “conduisant à la ruine de tout un système sûr sans garde-fous”, selon un parlementaire, accompagné de lobbyistes autour d’un verre sur un yacht majestueux.

La semaine dernière, les USA ont célébré l’anniversaire des 80 ans de la crise de 1929. “Nous fêtons la crise de 29 chaque année. Indirectement, mais nous fêtons cette tragédie quand même. Le 24 octobre, c’est le jour anniversaire du décès du fondateur de notre banque. Tu inaugures en grandes pompes ta banque le 23 et tu te liquides le 24, du haut de la tour toute neuve de ton établissement financier, c’est pas de bol quand même”, explique avec émotion un trader.

“C’est la moindre des choses”

La crise de 29 étant devenue une véritable tradition, les banques américaines ont mis les petits plats dans les grands pour cette commémoration. Elles ont offert près de 80 milliards sous forme de subprimes, à tous leurs clients qui sont enchaînés à un prêt à taux ondoyants. “Nous avons retenus la leçon des crises financières de 1819, 1837, 1857, 1873, 1893, 1907,  1929, 1966, 1971, 1974, 1979, 1980, 1982, 1985, 1987, 1989, 1998, 2000, 2001, 2002 et 2008. Il faut repartir sur de bonnes bases, aussi solides que les burnes de Trump, avec une relation de confiance et surtout de franchise. C’est pourquoi nous tenions à offrir un petit cadeau à nos clients. C’est la moindre des choses quand même. A l’époque, je pensais bien faire en accordant un prêt immobilier de 2 millions de dollars à un couple qui gagnait, à eux deux, à peine 1.800 dollars. Je n’irais pas jusqu’à rendre ma commission de 600.000 bucks (dollars, ndlr), mais si c’était à refaire, j’y réfléchirais à deux fois. Je devais juste leur accorder un crédit de 1,5 millions, tout bien réfléchi. Maintenant, la page est tournée”, se félicite un banquier-courtier, tout en me proposant de lui acheter des Non-QM, Non Qualified Mortgages, équivalent des actifs toxiques, mais avec un nom plus rassurant, d’un point de vue marketing et émotionnel.

“50.000 en billets de subprimes tous juste imprimés, sans rien à signer”

Face à ces cadeaux, les clients sont euphoriques. Ils n’arrivent toujours pas à en croire leurs yeux endettés. Dans toutes les agences bancaires des USA, les personnes ressortent avec une belle liasse de billets de subprimes. “Pour la première fois de ma vie, je ressors de ma banque avec le sourire. J’ai eu pour 50.000 en billets de subprimes tous juste imprimés, sans rien à signer. Je pense que je vais les laisser fructifier un peu et les revendre. Ça vaut un joli paquet de fric, ces machins. La presse en avait beaucoup parlé à une période, mais je n’avais pas lu les articles. Quand ton crédit passe, du jour au lendemain, de 300 à 4.000 dollars, tu n’as pas la tête à lire un journal ou un bouquin. Tu parcours juste les gros titres. Mais si les médias en parlent, c’est que c’est bien, je pense ?“, s’interroge avec allégresse un emprunteur, qui a vu son taux de crédit annuel immobilier baisser de 58 à 57%.

“J’aime bien le graphisme des billets de subprimes”

Même son de cloche de la part des épargnants, du moins le peu qu’il en reste, après la dernière crise financière de 2008. “J’aime bien le graphisme des billets de subprimes. Ils sont imprimés avec de beaux dessins dessus et d’attirantes couleurs pastels. Ça me donne presque envie de vider mon compte bancaire pour en acheter d’autres, mais je crois que je vais attendre un peu. Et puis, il faut que j’en parle à mon épouse. Depuis que notre meilleur ami avait acheté pour 50 millions de dollars d’actifs toxiques au début des années 2000, elle m’a interdit de faire le moindre achat. Même pour aller à la boutique où ils vendent tout à 1 dollar, je dois l’appeler avant d’y aller. En plus, elle a plafonné mes achats par carte bancaire à 50 dollars par semaine. Les achats impulsifs, c’est parfois risqué”, confie un riche américain, tout en se retenant de passer une commande en ligne d’un montant de 30 millions de dollars de subprimes nouvelle génération.

“Leur valeur multipliée par 500 voire 1.000”

Un analyste a tenté d’estimer la valeur réelle de ces “cadeaux” pour l’anniversaire de la crise de 1929. “En général, quand tu as cadeau et crise dans la même phrase, ça ne sent pas bon du tout. Mais bon, avec la finance, ça change de minute en minute. Au sujet de la valeur réelle de ces 80 milliards de billets de subprimes, je dirais que ça vaut entre peanuts (cacahuètes, ndlr) et zboub’s skin (épiderme pénien, ndlr), dans le lexique boursier. Mais attention !, prévient le spécialiste. Avec l’irrationalité propre à la bourse et à la finance, ces subprimes peuvent voir leur valeur multipliée par 500 voire 1.000, facilement et rapidement”.

 

 

 

Crédit-photo : pxhere, cc0.

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